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J'ai trouvé une tortue dans mon jardin : que faire ?

Une tortue d'Hermann sauvage, en Provence ou en Corse, se laisse là où elle est : c'est une espèce protégée, qu'on ne capture pas et qu'on ne déplace pas. Une tortue blessée part vers un vétérinaire ou un centre de soins, une tortue échappée retourne à son propriétaire, et une tortue exotique ne se relâche jamais.

Mis à jour le 02/11/2026

Une tortue au milieu de la pelouse, sous une haie ou au bord d'un chemin : la découverte surprend. La bonne réaction dépend de la tortue. Est-elle sauvage, échappée d'un jardin, blessée, ou s'agit-il d'une tortue aquatique ? Ce guide vous aide à faire la différence et à savoir qui prévenir.

Une règle vaut dans tous les cas : on ne ramasse pas une tortue pour la garder.

Que faire tout de suite ?

Avant toute chose, observez sans toucher.

  • Ne la ramassez pas pour l'emporter. Ni chez vous, ni dans un bois « plus sûr ».
  • Prenez des photos. Le Tortoise Trust, association britannique spécialisée dans les tortues, ne donne aucun conseil sur une tortue trouvée avant d'avoir vu des photos : une description, explique-t-il, trompe trop souvent. Il demande une vue de côté, le dessus et le dessous de la carapace, et un gros plan de la tête et d'une patte.
  • Notez le lieu précis. Le Tortoise Trust demande aussi où l'animal a été trouvé : sur une route, dans une flaque, dans les feuilles mortes d'un bois.
  • Éloignez votre chien. Le compte rendu de l'UICN sur la tortue d'Hermann signale qu'en Provence, la prédation par les chiens domestiques est importante : on trouve beaucoup de tortues blessées dans la nature.
  • Lavez-vous les mains si vous l'avez touchée. La RSPCA, grande association britannique de protection animale, le recommande avant et après toute manipulation, pour limiter le risque de bactéries comme les salmonelles.

Ensuite, cherchez de quel cas il s'agit.

Pourquoi ne faut-il pas la garder ?

Parce que la tortue d'Hermann est une espèce protégée par arrêté ministériel. L'arrêté du 8 janvier 2021, qui fixe la liste des amphibiens et des reptiles protégés en métropole, l'inscrit à son article 2, avec deux tortues aquatiques d'eau douce : la cistude d'Europe et l'émyde lépreuse. Cet arrêté a abrogé celui du 19 novembre 2007.

Pour ces espèces, ce texte interdit en tout temps la capture, l'enlèvement et la perturbation intentionnelle des animaux, ainsi que la destruction ou l'enlèvement des œufs et des nids. Il interdit aussi la détention, le transport, la vente ou l'achat d'animaux prélevés dans le milieu naturel français après le 12 mai 1979. Il protège enfin leurs sites de reproduction et leurs aires de repos. Ramasser une tortue sauvage, même pour la « sauver », revient donc à faire ce que la protection interdit.

Ces listes d'espèces protégées sont révisées de temps en temps. Pour connaître le texte en vigueur, renseignez-vous auprès de la direction départementale de la protection des populations (DDPP) de votre département, ou de l'Office français de la biodiversité (OFB). Les règles de détention d'une tortue sont résumées dans notre guide de la tortue d'Hermann.

Comment savoir si elle est sauvage ou échappée ?

Commencez par le lieu. Selon le compte rendu de l'UICN, la tortue d'Hermann ne vit plus à l'état sauvage en France que dans deux régions :

  • en Provence, dans le massif des Maures et le massif de l'Estérel ;
  • en Corse, où elle forme cinq populations isolées.

Elle a disparu du Roussillon dans les années 1960, précise l'UICN. On peut en déduire qu'ailleurs en France, une tortue d'Hermann trouvée dans un jardin s'est très probablement échappée ou a été relâchée. Le Tortoise Trust va dans le même sens : une espèce qui ne vit pas naturellement dans la région est presque à coup sûr un animal perdu ou relâché.

D'autres indices comptent. Pour le Tortoise Trust, une carapace qui a mal poussé, ou une tortue étonnamment peu farouche, fait penser à un animal de compagnie.

Attention aux conclusions trop rapides. Le Tortoise Trust rappelle que des tortues sauvages suivies par des scientifiques peuvent porter une marque sur la carapace, voire une puce. À l'inverse, une tortue de compagnie n'est pas toujours marquée. Une marque ne suffit donc pas à trancher. En cas de doute, montrez vos photos à un spécialiste avant de décider quoi que ce soit.

Pour distinguer les espèces, voyez nos guides sur la tortue grecque et la tortue russe, souvent confondues avec l'Hermann.

C'est une tortue sauvage : que faire ?

La laisser où elle est. Si vous habitez près des massifs des Maures ou de l'Estérel, ou en Corse, la tortue qui traverse votre jardin peut être sauvage.

Ne la déplacez pas, même de quelques centaines de mètres. Le compte rendu de l'UICN décrit ce qui arrive aux tortues d'Hermann déplacées. Des adultes déplacés à moins d'un kilomètre de leur domaine, qui avait été détruit, ne se sont pas installés de préférence dans l'habitat le plus proche : certains se sont fixés dans la direction opposée. Des jeunes déplacés ont parcouru jusqu'à 2 km avant de se fixer. Déplacer une tortue bouleverse donc sa vie.

Si vous voyez souvent des tortues, gardez des coins tranquilles et surveillez votre chien : l'UICN rappelle la part des chiens dans les blessures des tortues de Provence.

La population de Provence est fragile. Selon l'UICN, la liste rouge française de 2009 classe la tortue d'Hermann comme vulnérable, et la population du Var comme en danger. Le même document cite la collecte pour en faire un animal de compagnie comme probablement la principale menace sur les individus. Cette collecte, précise-t-il, est le plus souvent opportuniste ou accidentelle. Chaque tortue laissée en place compte.

Elle est blessée : qui prévenir ?

Une tortue blessée a besoin d'un professionnel. Le Tortoise Trust conseille de la confier à un vétérinaire spécialisé en reptiles ou à un centre de soins pour la faune sauvage. Il insiste : ne partez pas du principe qu'elle est perdue. Une carapace cassée peut se réparer, et même des blessures graves peuvent se soigner.

Pour une tortue sauvage, le plus sûr est d'appeler d'abord, avant de la déplacer. Il s'agit d'une espèce protégée, et son transport n'est pas libre. Le centre de soins de la faune sauvage le plus proche, l'OFB ou la DDPP vous diront comment procéder. Dans le Var, la SOPTOM, association qui gère le Village des Tortues de Gonfaron, œuvre pour la conservation de l'espèce, selon l'UICN.

Ne la soignez pas vous-même. Ne lui donnez aucun produit et ne nettoyez pas la plaie avec ce que vous avez sous la main. Le soin revient au vétérinaire ou au centre.

Elle s'est échappée d'un jardin : comment retrouver son propriétaire ?

Une tortue d'Hermann qui vit chez un particulier doit être identifiée. L'arrêté du 8 octobre 2018 impose un marquage individuel et permanent, posé par un vétérinaire, puis l'inscription de l'animal au fichier national d'identification des animaux d'espèces non domestiques.

Ce marquage est le plus souvent une puce électronique. Chez la tortue, l'arrêté prévoit de la poser dans la cuisse gauche ou, selon la taille, sur le côté gauche de la queue. Elle ne se voit pas et se lit avec un lecteur. Le Tortoise Trust conseille de faire lire la puce pour retrouver vite le propriétaire : adressez-vous à un vétérinaire.

Quand la puce n'est pas possible, pour une raison qu'un vétérinaire doit justifier, l'arrêté admet une identification par photographies datées, dont une vue du dessous de la carapace. Vos propres photos pourront aider à faire le rapprochement.

Pour une espèce qui ne vit pas dans la région, le Tortoise Trust demande de tout faire pour retrouver le propriétaire. Si personne ne la réclame, demandez conseil à la DDPP de votre département.

En attendant qu'elle retrouve son propriétaire :

  • Gardez-la à l'écart de vos propres tortues. Le Tortoise Trust explique qu'une tortue peut porter des microbes contre lesquels une autre n'a pas de défense. Le compte rendu de l'UICN signale qu'en captivité, des herpèsvirus apportés par des tortues grecques peuvent causer une forte mortalité chez la tortue d'Hermann. Le manuel vétérinaire Merck, lui, recommande une quarantaine de trois à six mois pour tout nouveau reptile d'une collection : c'est dire qu'une tortue inconnue ne doit pas rejoindre les vôtres.
  • Ne la relâchez pas. L'arrêté de 2018 impose de remettre à tout acheteur d'un animal non domestique un document qui dit qu'il « ne doit pas être relâché dans le milieu naturel ». L'UICN signale aussi des hybrides entre sous-espèces, issus d'élevages puis relâchés, dans les populations sauvages du sud de la France.
  • Ne la gardez pas. Elle a un propriétaire, et détenir une tortue terrestre suppose des démarches.

C'est une tortue aquatique : que faire ?

Ici, le temps compte. Le Tortoise Trust prévient qu'une tortue aquatique peut se déshydrater et qu'une tortue terrestre peut se noyer. Il faut donc savoir vite à quel type d'animal vous avez affaire. Si vous êtes sûr qu'elle est aquatique, il conseille de la garder isolée dans très peu d'eau, le temps de l'identifier.

Deux situations très différentes existent en France.

  • Une tortue aquatique indigène. La cistude d'Europe et l'émyde lépreuse figurent sur la même liste de reptiles protégés que la tortue d'Hermann. Ne la capturez pas et ne la transportez pas : laissez-la sur place.
  • Une tortue aquatique exotique. La plus connue est la tortue à tempes rouges, dite tortue de Floride. L'arrêté du 8 octobre 2018 interdit son introduction sur le territoire, sa détention, son transport, sa vente et son achat. Le texte rattache ces interdictions à l'article L. 411-6 du code de l'environnement.

Ne relâchez jamais une tortue aquatique exotique dans un étang ou une rivière. Ne l'emportez pas non plus chez vous. Demandez à la DDPP ou à l'OFB ce qu'il faut faire.

Comment éviter que votre propre tortue s'échappe ?

Si vous avez vous-même une tortue, l'enclos est votre meilleure assurance. La RSPCA demande un enclos dont elle ne peut ni sortir en grimpant, ni sortir en creusant. Elle conseille une barrière d'au moins 45 cm de haut, enterrée sur 15 cm.

Gardez aussi ses papiers en lieu sûr. L'arrêté de 2018 prévoit que le vétérinaire qui pose la puce vous remette une déclaration de marquage, que vous conservez sans limite de durée. Rangez-la avec une photo nette de votre tortue.

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Quand faire appel à un vétérinaire ?

Faites appel à un vétérinaire habitué aux reptiles, ou à un centre de soins pour la faune sauvage, si la tortue :

  • est blessée, saigne, ou a la carapace fendue ou cassée ;
  • ne bouge plus, ne réagit pas, ou a été attaquée par un chien ;
  • semble échappée et doit passer au lecteur de puce.

Pour une tortue sauvage, appelez avant de la déplacer. Dans tous les autres cas, la meilleure aide reste la plus simple : la laisser où elle est.

Questions fréquentes

Puis-je garder une tortue trouvée dans la nature ?

Non. La tortue d'Hermann est une espèce protégée par arrêté ministériel. L'arrêté du 8 janvier 2021 interdit sa capture et son enlèvement dans le milieu naturel, ainsi que la détention et le transport d'un animal prélevé dans la nature. Laissez-la où elle est, et demandez conseil à la DDPP ou à l'OFB.

Puis-je déposer la tortue dans un bois ou une garrigue ?

Non. Une tortue sauvage doit rester sur place, et une tortue échappée a un propriétaire. L'arrêté du 8 octobre 2018 impose de prévenir tout acheteur que son animal ne doit pas être relâché dans le milieu naturel.

Comment savoir si la tortue a une puce ?

Seul un lecteur adapté peut la lire. L'arrêté du 8 octobre 2018 confie la pose des puces aux vétérinaires, qui inscrivent ensuite l'animal au fichier national d'identification. Demandez donc à un vétérinaire de la lire.

Que faire d'une tortue de Floride trouvée dans un bassin ?

Ne la relâchez pas. L'arrêté du 8 octobre 2018 interdit l'introduction sur le territoire, la détention et le transport de la tortue à tempes rouges, dite tortue de Floride. Demandez la marche à suivre aux services de l'État de votre département.

Une tortue qui porte une marque est-elle forcément échappée ?

Non. Le Tortoise Trust rappelle que des tortues sauvages suivies par des scientifiques peuvent porter une marque sur la carapace, voire une puce. Montrez vos photos à un spécialiste avant de la déplacer.

Sources

  1. Arrêté du 8 janvier 2021 fixant la liste des amphibiens et des reptiles représentés sur le territoire métropolitain protégés sur l'ensemble du territoire national (JO du 11 février 2021, PDF publié par la DREAL Normandie)
  2. Arrêté du 8 octobre 2018 fixant les règles générales de détention d'animaux d'espèces non domestiques (AIDA-Ineris)
  3. UICN, groupe de spécialistes des tortues (TFTSG), compte rendu d'espèce Testudo hermanni (Bertolero et al., 2011)
  4. Tortoise Trust, Help! I've found a turtle!
  5. RSPCA, fiche sur les tortues grecque, d'Hermann, bordée et de Horsfield (PDF)
  6. Merck Veterinary Manual, Management and Husbandry of Reptiles