Tortue d'Hermann orientale ou occidentale : les deux sous-espèces

La tortue d'Hermann compte deux sous-espèces : l'occidentale (Testudo hermanni hermanni), de l'Espagne à l'Italie en passant par le Var et la Corse, et l'orientale (Testudo hermanni boettgeri), des Balkans à la Turquie d'Europe. L'orientale est en général plus grande, avec des bandes noires du plastron moins nettes, mais l'aspect seul ne suffit pas toujours à les distinguer, et il ne faut jamais les croiser.
Ce guide porte sur les deux formes de la tortue d'Hermann. Pour l'espèce en général, ses besoins et les règles de détention, voyez notre guide complet de la tortue d'Hermann.
Combien de sous-espèces de tortue d'Hermann existe-t-il ?
Deux sont reconnues aujourd'hui. Le groupe de spécialistes des tortues de l'UICN, l'Union internationale pour la conservation de la nature, les présente ainsi dans son compte rendu de 2011 :
- la tortue d'Hermann occidentale, Testudo hermanni hermanni, en Europe de l'Ouest ;
- la tortue d'Hermann orientale, Testudo hermanni boettgeri, en Europe de l'Est.
La Reptile Database, base de référence sur les reptiles, liste les mêmes deux sous-espèces.
Selon l'UICN, les études de l'ADN mitochondrial ont confirmé deux grands groupes au sein de l'espèce. Mais l'écart génétique entre eux est faible, ce qui, selon l'UICN, plaide contre l'idée de deux espèces distinctes. La plupart des scientifiques ne reconnaissent donc qu'une espèce et deux sous-espèces.
Les sources ne sont pas toutes d'accord sur ce point. La Vallée des Tortues, parc spécialisé des Pyrénées-Orientales, présente la forme orientale comme une espèce à part, la « tortue de Boettger », Testudo boettgeri. L'UICN signale que certains auteurs ont proposé cette séparation à partir de l'aspect extérieur, et que les études génétiques récentes ne la soutiennent pas.
Où vit chaque sous-espèce ?
Selon l'UICN, les deux sous-espèces ne se chevauchent pas. La limite passe près de la plaine du Pô, dans le nord-est de l'Italie.
L'occidentale a une aire morcelée. L'UICN la situe :
- en France, dans le massif des Maures et l'Estérel, sur environ 337 km², et en Corse, en cinq populations isolées. Elle a disparu du Roussillon dans les années 1960 ;
- en Espagne, dans le massif des Albères, en Catalogne, et aux Baléares, où l'homme l'a introduite ;
- en Italie, surtout sur les côtes de Toscane, du Latium, des Pouilles et de Calabre, ainsi qu'en Sicile et dans le nord-ouest de la Sardaigne.
L'orientale occupe une aire plus continue. L'UICN la situe le long de la côte dalmate, de l'Istrie au Monténégro, puis en Serbie, en Bulgarie, en Grèce, en Macédoine, en Albanie, au Kosovo et en Turquie d'Europe. En Roumanie, elle ne vit plus que près d'Orșova, aux Portes de Fer, sur le Danube.
Les tortues d'Hermann sauvages de France sont des occidentales. Nous en déduisons qu'une orientale trouvée dans le Var vient très probablement de la captivité. L'UICN signale d'ailleurs que des tortues captives ont pu être relâchées dans certaines régions.
Comment distinguer une orientale d'une occidentale ?
Il n'y a pas de critère unique et infaillible. L'UICN prévient que les distinguer d'après leur seul aspect est difficile, car la forme et la couleur varient beaucoup d'une région à l'autre. Voici les indices que donnent nos sources.

Le plastron, le dessous de la carapace
- Chez l'occidentale, A. C. Highfield, dans un article publié par le Tortoise Trust, association britannique spécialisée, décrit deux bandes sombres presque pleines, qui courent le long du plastron. Il dit les avoir vues chez tous les spécimens qu'il a examinés, plusieurs centaines. La Vallée des Tortues parle de deux bandes noires « bien dessinées ».
- Chez l'orientale, ces bandes sont plus variables et moins nettes. L'UICN précise qu'elles peuvent se réduire à des taches disjointes, ou presque disparaître, surtout dans cette sous-espèce.
Highfield ajoute une mise en garde : certaines orientales ont un plastron très marqué, proche de celui de l'occidentale. Ce critère ne doit donc pas servir seul.
Les sutures du plastron
La fiche de détermination de la Vallée des Tortues compare deux joints du plastron, au milieu du ventre.
- Occidentale : la fiche écrit que la suture médiane des écailles fémorales, à l'arrière, est « plus large » que celle des écailles pectorales, à l'avant.
- Orientale : la suture médiane des pectorales est « égale ou plus large » que celle des fémorales.
C'est notre lecture des flèches de la fiche : il s'agit de la longueur de chaque joint, le long de la ligne du milieu.
Nos autres sources ne reprennent pas ce critère. Prenez-le comme un indice parmi d'autres.
La couleur et le dessus de la carapace
Highfield décrit chez l'occidentale un fond jaune d'or vif et des dessins très nets. Chez la plupart des orientales, il parle d'un fond jaune verdâtre. Il signale aussi chez les tortues françaises une marque jaune en « trou de serrure », bien nette, sur la dernière écaille du milieu du dos, juste au-dessus de l'écaille supracaudale. Il dit ne pas l'avoir vue aussi nette chez les orientales. La Vallée des Tortues décrit, elle aussi, l'orientale comme plus pâle.
L'UICN ajoute que des tortues uniformément jaunes ou jaune verdâtre existent en Grèce et sur certaines îles, comme la Corse. La couleur ne tranche donc pas.
La tête
Highfield décrit chez l'occidentale une tête plus allongée, et chez l'orientale une tête plus courte et plus bombée. Nos autres sources ne reprennent pas cette observation.
L'écaille au-dessus de la queue : un faux critère
On lit parfois que l'écaille supracaudale, juste au-dessus de la queue, permet de reconnaître l'orientale. Nos sources ne le confirment pas. Highfield juge ce caractère sans valeur pour séparer les deux formes. L'UICN indique que cette écaille est presque toujours divisée chez la tortue d'Hermann, et la Vallée des Tortues la décrit double chez les deux.
Pour distinguer l'Hermann de la tortue grecque, les sources divergent : l'UICN cite cette écaille parmi les caractères de l'Hermann, alors que Highfield la juge sans valeur là aussi. Notre guide sur la tortue grecque détaille ce point.
Ce que seule la génétique peut dire
Une tortue d'origine inconnue peut aussi être un hybride : l'UICN en signale dans le sud de la France, comme nous le verrons plus bas. L'UICN s'appuie sur des analyses d'ADN pour délimiter les sous-espèces. Si l'origine de votre tortue compte, demandez conseil à un vétérinaire habitué aux reptiles ou à un centre spécialisé.
Quelle taille atteint chaque sous-espèce ?
L'orientale est en général plus grande. L'UICN donne ces longueurs moyennes de carapace, mesurées en ligne droite :
| Populations | Femelles | Mâles |
|---|---|---|
| Ouest (Espagne, France, Italie) | de 15 à 17,9 cm | de 13 à 14,9 cm |
| Est (Balkans) | plus de 18 cm | plus de 15,5 cm |
Il y a des exceptions. L'UICN cite des orientales du sud du Péloponnèse, en Grèce, parmi les plus petites de l'espèce, avec des femelles de 15,3 cm en moyenne. Elle note aussi que les populations des îles, comme la Corse ou la Sardaigne, ont tendance à être plus grandes que celles du continent.
Pour les records, les sources divergent, car elles n'ont pas le même âge. Highfield, dans un article dont les références les plus récentes datent de 1990, décrit une orientale de 26,4 cm, qu'il pensait être un record. L'UICN, en 2011, cite le plus grand spécimen connu en Bulgarie, avec 34,6 cm.
Dans les deux sous-espèces, la femelle est plus grande que le mâle, d'environ 12 % selon l'UICN. Pour reconnaître le sexe de votre tortue, voyez notre guide tortue d'Hermann mâle ou femelle.
Et hercegovinensis, une troisième sous-espèce ?
Vous croiserez peut-être le nom Testudo hermanni hercegovinensis. Son statut est discuté.
Selon l'UICN, un auteur a proposé d'en faire une espèce à part, Testudo hercegovinensis, à partir d'un détail du plastron : l'absence de deux petites écailles près des pattes arrière, dites inguinales. L'UICN indique que cette proposition n'a pas été confirmée par les analyses génétiques. Elle range ce nom dans la sous-espèce orientale.
Les études génétiques citées par l'UICN distinguent bien un groupe propre à la côte adriatique, de la Croatie jusqu'à la côte ouest de la Grèce et Corfou. Mais ce groupe fait partie de l'orientale.
La Reptile Database ne reconnaît, elle aussi, que deux sous-espèces, et classe hercegovinensis parmi les synonymes. Mais elle le range sous l'occidentale, et non sous l'orientale. Les sources divergent donc sur le rattachement de ce nom, pas sur le nombre de sous-espèces.
Les deux sous-espèces sont-elles menacées ?
Oui, mais pas au même degré.
Dans son compte rendu de 2011, l'UICN note que la plupart des populations de l'ouest sont en fort déclin, avec des aires très réduites. Celles de l'est semblent plus stables, même si certaines déclinent aussi.
Au niveau de l'espèce, la liste rouge de l'UICN la classait, en 2011, « quasi menacée », d'après une évaluation de 1996 jugée à mettre à jour. Les sous-espèces n'y figuraient pas séparément. Les auteurs du compte rendu proposaient de classer l'occidentale « vulnérable », et l'orientale « quasi menacée ». En France, la liste rouge nationale de 2009 citée par l'UICN classe l'espèce « vulnérable », et la population du Var « en danger ».
Les menaces citées par l'UICN sont les incendies, l'urbanisation, l'abandon des pratiques agricoles traditionnelles, la collecte pour le commerce d'animaux de compagnie et la hausse de certains prédateurs, comme le sanglier.
Pourquoi ne faut-il pas les croiser ?
Parce que les hybrides finissent dans la nature, et qu'ils menacent la sous-espèce locale.
L'UICN est claire sur l'origine du problème. Les croisements entre sous-espèces viennent surtout de l'élevage en captivité. Des tortues mélangées sont ensuite relâchées. Dans le sud de la France, une étude citée par l'UICN a trouvé jusqu'à 6 % d'individus mélangés.
Or la population du Var est fragile. L'UICN la décrit comme très homozygote, c'est-à-dire pauvre en diversité génétique, et nettement différente de celles d'Italie et d'Espagne. Elle ajoute que les tortues de Corse et du continent forment deux entités génétiques distinctes, et que des déplacements de tortues entre les deux pourraient avoir un impact sur les populations du continent. Même entre occidentales, déplacer des tortues d'une région à l'autre peut donc poser problème.
L'UICN rappelle enfin que l'élevage en captivité n'est utile à la conservation que pour les populations les plus menacées, avec des tortues de la région, et sous contrôle génétique et sanitaire. Nous en déduisons qu'un élevage d'amateur ne remplit pas ces conditions.
Qu'est-ce que cela change pour vous ?
Si vous avez déjà une tortue d'Hermann, voici ce qui en découle.
- Ne la relâchez jamais. Ni dans votre région, ni « chez elle ». Même une occidentale peut venir d'une autre population, ou être un hybride. Si vous ne pouvez plus la garder, adressez-vous à la DDPP de votre département ou à un centre spécialisé.
- Ne faites pas reproduire des tortues d'origine inconnue. Vous ne savez pas si vous mélangez deux sous-espèces. Pour éviter les pontes surprises, il faut savoir reconnaître le sexe de vos tortues : notre guide mâle ou femelle vous y aide.
- Gardez-la seule, sauf grand enclos. La RSPCA, grande association britannique de protection animale, juge que ces tortues sont mieux seules, sauf si l'enclos est très grand, car elles sont solitaires et territoriales dans la nature. Elle note toutefois que la tortue d'Hermann est plus sociable que les autres espèces de sa fiche.
- Ne mélangez pas les espèces. L'UICN cite des hybrides obtenus en captivité entre la tortue d'Hermann et la tortue grecque ou la tortue russe. Elle signale aussi que des herpèsvirus apportés par des tortues grecques peuvent causer une forte mortalité chez les tortues d'Hermann en captivité.
- Une tortue trouvée dans la nature y reste. L'espèce est protégée en France, et la collecte est l'une des principales menaces citées par l'UICN.
Pour l'enclos, l'alimentation et l'hibernation, reportez-vous au guide complet de la tortue d'Hermann. Pour l'installer dehors, voyez notre rayon enclos pour tortue de terre. Pour la durée de vie, lisez notre guide âge et espérance de vie de la tortue d'Hermann.
Quand demander l'avis d'un spécialiste ?
Un vétérinaire habitué aux reptiles, ou un centre spécialisé dans les tortues, peut vous aider si :
- vous ne savez pas à quelle forme appartient votre tortue ;
- vous envisagez de faire cohabiter plusieurs tortues ;
- vous ne pouvez plus garder votre tortue.
Ce guide, tiré de nos sources, ne remplace pas l'avis d'un vétérinaire ni celui de la DDPP de votre département. Pour les papiers, voyez notre guide déclarer une tortue d'Hermann.
L'équipement pour une tortue d'Hermann orientale ou occidentale
Questions fréquentes
Comment savoir si ma tortue d'Hermann est orientale ou occidentale ?
Regardez d'abord le plastron. La Vallée des Tortues décrit chez l'occidentale deux bandes noires bien dessinées, et chez l'orientale des bandes moins marquées. Elle compare aussi la longueur de deux sutures du plastron. Mais l'UICN rappelle que l'aspect varie beaucoup : en cas de doute, demandez à un vétérinaire habitué aux reptiles ou à un centre spécialisé.
L'écaille au-dessus de la queue permet-elle de les distinguer ?
Non. Selon l'UICN, cette écaille supracaudale est presque toujours divisée chez la tortue d'Hermann. La Vallée des Tortues la décrit double chez les deux formes, et A. C. Highfield, dans un article publié par le Tortoise Trust, juge ce caractère sans valeur pour les séparer.
La tortue d'Hermann orientale est-elle plus grande ?
En général, oui. L'UICN donne pour les populations de l'ouest une longueur moyenne de carapace de 15 à 17,9 cm chez les femelles et de 13 à 14,9 cm chez les mâles. Dans les Balkans, elle dépasse en moyenne 18 cm chez les femelles et 15,5 cm chez les mâles. Il existe toutefois des orientales de petite taille, dans le sud du Péloponnèse.
Peut-on faire vivre une orientale et une occidentale ensemble ?
Nos sources ne traitent pas ce cas précis, mais nous vous conseillons de l'éviter. L'UICN explique que les croisements entre sous-espèces viennent surtout de l'élevage en captivité, et que des hybrides relâchés se retrouvent ensuite dans la nature. La RSPCA conseille d'ailleurs de garder ces tortues seules, sauf dans un très grand enclos.
Existe-t-il une troisième sous-espèce, hercegovinensis ?
Elle est discutée. Un auteur a proposé d'en faire une espèce à part, mais l'UICN indique que les analyses génétiques ne l'ont pas confirmée. L'UICN range ce nom dans la sous-espèce orientale. La Reptile Database ne reconnaît, elle aussi, que deux sous-espèces, mais elle classe ce nom parmi les synonymes de l'occidentale : les sources divergent sur ce point.
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Sources
- UICN, groupe de spécialistes des tortues (TFTSG), compte rendu d'espèce Testudo hermanni (2011, PDF)
- The Reptile Database, Testudo hermanni
- Tortoise Trust, A. C. Highfield, notes sur la systématique et l'écologie de Testudo hermanni
- La Vallée des Tortues, fiche « Détermination des tortues méditerranéennes » (image)
- La Vallée des Tortues, les animaux du parc
- RSPCA, fiche sur les tortues grecque, d'Hermann, bordée et de Horsfield (PDF)