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Plusieurs tortues ensemble : peuvent-elles cohabiter ?

Une tortue de terre peut très bien vivre seule : ces tortues sont plutôt solitaires, et la RSPCA juge qu'elles sont mieux seules, sauf dans un très grand enclos. Si vous en gardez plusieurs, ne mélangez jamais les espèces, évitez de réunir des mâles, mettez toute nouvelle tortue en quarantaine et donnez à chacune assez de place, d'abris et de points chauds.

Mis à jour le 02/11/2026

Ce guide vaut pour les tortues de terre méditerranéennes, dont la tortue d'Hermann. Il répond à une question simple : peut-on faire vivre plusieurs tortues ensemble, et à quelles conditions ? Il ne vous pousse pas à en accueillir une autre. Pour l'ensemble des besoins de l'espèce, voyez notre guide de la tortue d'Hermann.

Une tortue a-t-elle besoin de compagnie ?

Non. Ce n'est pas un animal de groupe.

La RSPCA, grande association britannique de protection animale, décrit ces tortues comme solitaires et territoriales dans la nature. Elle conseille de les garder seules, sauf dans un très grand enclos. Elle note toutefois que la tortue d'Hermann est plus sociable que les autres espèces de sa fiche.

L'OSAV, l'autorité vétérinaire suisse, va dans le même sens. Les tortues terrestres européennes sont pour lui des animaux peu sociables. Elles se rassemblent surtout à la saison des amours ou près d'une nourriture abondante. Il juge donc tout à fait possible de les garder seules.

Le manuel vétérinaire Merck, qui parle des reptiles en général, ajoute qu'un reptile de compagnie seul est souvent le plus sain.

Vous n'avez donc aucune raison d'acquérir une deuxième tortue pour « tenir compagnie » à la première. Si vous en avez déjà plusieurs, la suite de ce guide vous aide à limiter les risques.

Peut-on garder deux mâles ensemble ?

C'est la situation la plus risquée. L'UICN décrit des combats fréquents entre mâles de tortue d'Hermann. Ils cherchent à se mordre et se heurtent avec leur carapace.

L'OSAV demande de ne jamais garder deux mâles avec une seule femelle. Pour reconnaître le sexe de vos tortues, voyez notre guide tortue d'Hermann mâle ou femelle.

Un mâle harcèle-t-il les femelles ?

Souvent, oui. La RSPCA signale que les mâles peuvent heurter la carapace des femelles et leur mordre les pattes.

L'UICN décrit la cour du mâle : hochements de tête, coups de carapace, morsures aux pattes. La femelle cherche en général à s'enfuir. Quand les accouplements sont très fréquents, des femelles peuvent être gravement blessées à l'arrière du corps, parfois jusqu'à la mort.

Un mâle et une femelle ensemble mènent aussi, tôt ou tard, à des pontes. L'OSAV le rappelle. Notre guide sur la ponte de la tortue d'Hermann explique ce que cela implique.

Faut-il plus de femelles que de mâles ?

Parmi nos sources, seul l'OSAV donne une règle. Il faut toujours plus de femelles que de mâles. Il exclut un couple seul, et deux mâles avec une seule femelle.

Les autres sources ne chiffrent aucune proportion. Nous n'en donnons donc pas d'autre.

Des femelles seules ensemble ne sont pas sans risque non plus. La RSPCA les juge compatibles entre elles, mais signale qu'une femelle qui va pondre peut devenir agressive envers les autres.

Peut-on mélanger des espèces différentes ?

Non. Toutes celles de nos sources qui abordent la question s'accordent sur ce point.

Le manuel Merck écrit que des espèces différentes, venues de régions différentes, ne doivent pas être mélangées. Idéalement, un enclos n'accueille qu'une seule espèce. La Tortoise Trust, association britannique spécialisée, va plus loin : selon un de ses articles, mélanger les espèces et mettre de « nouvelles » tortues au contact des « anciennes » est la première cause des maladies respiratoires dans les collections.

Le risque des maladies

Une tortue peut porter un microbe sans être malade, et le transmettre à une autre qui, elle, en meurt.

  • Les herpèsvirus. L'UICN rapporte qu'en captivité, des herpèsvirus apportés par la tortue grecque peuvent tuer de nombreuses tortues d'Hermann. Le manuel Merck décrit chez la tortue des lésions de la bouche, une perte d'appétit et des écoulements de la bouche et des yeux. Les hôpitaux vétérinaires VCA précisent que les tortues atteintes, souvent, ne guérissent pas.
  • Les mycoplasmes. Ce sont des bactéries. Le manuel Merck les cite comme cause de rhinite et de maladie respiratoire chez les tortues, souvent chronique ou intermittente. Les hôpitaux VCA les placent parmi les causes les plus courantes des infections respiratoires de la tortue.
  • Les porteurs sains. Une vétérinaire publiée par la Tortoise Trust explique que des tortues peuvent porter des mycoplasmes ou des herpèsvirus sans aucun signe, tout en contaminant les autres. Elle ajoute qu'une bactérie banale chez certaines tortues peut être vite mortelle chez d'autres.

Un vétérinaire britannique, publié par la Tortoise Trust, décrit une épidémie dans un élevage d'environ 45 tortues, surtout des Hermann. Un groupe avait été brièvement en contact avec des tortues d'autres espèces malades. Dans les groupes exposés, toutes les tortues sont tombées malades et sont mortes. Les tortues isolées à temps, par petits groupes, étaient toujours saines après huit mois de quarantaine.

Le risque des hybrides

L'UICN indique que des hybrides ont été obtenus en captivité entre la tortue d'Hermann et la tortue grecque, ainsi qu'avec la tortue russe. Elle relie aussi l'essentiel des hybrides entre les deux sous-espèces d'Hermann à l'élevage en captivité. Des tortues issues de ces croisements ont ensuite été relâchées dans la nature. L'étude qu'elle cite en mesure jusqu'à 6 % dans le sud de la France.

Voyez nos fiches tortue grecque et tortue russe pour reconnaître ces espèces.

Des besoins différents

Une vétérinaire publiée par la Tortoise Trust ajoute un dernier argument. Chaque espèce a ses besoins de chaleur, d'humidité et d'alimentation. Dans un même enclos, au moins une des deux vit donc dans de mauvaises conditions.

Comment accueillir une nouvelle tortue sans danger ?

Par une quarantaine : la nouvelle venue vit à part, sans aucun contact avec vos autres tortues, pendant une longue période.

Combien de temps ?

Les sources ne donnent pas la même durée. Nous vous les donnons toutes.

Source Durée conseillée
Manuel Merck (reptiles en général) 3 à 6 mois
Article de M. Corton, publié par la Tortoise Trust 6 mois au minimum
Article d'A. C. Highfield, Tortoise Trust au moins 18 mois pour une tortue de même espèce

Le manuel Merck précise que la durée d'incubation de nombreuses maladies des reptiles reste inconnue. Le cas décrit par le vétérinaire britannique va dans ce sens : une jeune Hermann, sortie du groupe malade huit mois plus tôt, a déclaré la même maladie. Il évoque une incubation longue et sans signe.

Pour une tortue d'une autre espèce, l'article d'A. C. Highfield demande une quarantaine sans fin. Autrement dit, elle ne rejoint jamais les autres.

Votre vétérinaire vous aidera à fixer la durée selon l'origine de la tortue.

Comment l'organiser ?

  • Un vétérinaire dès l'arrivée. L'article de M. Corton conseille de faire examiner toute nouvelle tortue et de faire analyser ses crottes à la recherche de parasites.
  • Un logement séparé. Sans aucun contact avec les autres tortues : c'est le principe même de la quarantaine.
  • L'hygiène des mains et du matériel. La RSPCA conseille de se laver les mains avant et après chaque manipulation. Pour une tortue malade, l'article d'A. C. Highfield demande aussi de laver avec soin les ustensiles de repas.
  • Un carnet. Le manuel Merck conseille de noter les arrivées, les animaux en contact, les soins et les problèmes de santé.

Pour le logement provisoire, voyez notre guide aménager un terrarium pour tortue et notre rayon terrarium pour tortue.

De combien de place ont-elles besoin ?

Nos sources ne donnent pas de surface à ajouter pour chaque tortue en plus.

  • Pour une tortue, la RSPCA juge qu'un enclos extérieur de 10 m² convient. Pour l'abri intérieur, par exemple dans un abri de jardin, elle demande au moins 180 x 120 cm pour une tortue.
  • Pour un groupe, l'OSAV demande un enclos adapté au nombre d'animaux, assez grand pour que les tortues puissent s'éviter. Il recommande en Suisse un enclos deux à trois fois plus grand que le minimum légal. Il note qu'un enclos trop petit peut expliquer les problèmes de cohabitation.

Notre guide construire un enclos pour tortue détaille la clôture, les abris et le sol.

Faut-il plusieurs points chauds ?

Oui. Le manuel Merck demande d'éviter toute compétition pour la nourriture, les zones de chauffe et les abris. La RSPCA écrit que chaque tortue a besoin de son propre point chaud sous la lampe, dans l'abri intérieur.

En pratique :

  • un point chaud par tortue ;
  • plusieurs abris et cachettes, comme le demande aussi l'OSAV ;
  • assez de nourriture, à plusieurs endroits, pour qu'aucune tortue n'ait à se battre pour manger.

Pour l'équipement, voyez nos rayons enclos pour tortue et lampes chauffantes.

Comment savoir si la cohabitation se passe mal ?

Le stress est difficile à voir. L'article de M. Corton note qu'il est presque impossible à repérer avant qu'il ne soit trop tard. Il cite la compétition et l'agressivité entre tortues, et la surpopulation, parmi les sources de stress. Le stress affaiblit les défenses de la tortue face aux infections.

Observez chaque jour, comme le conseille l'OSAV. Les signes à surveiller, tous cités par nos sources :

  • une tortue qui mange moins, ou que les autres écartent de la nourriture. La RSPCA observe que de grands mâles peuvent empêcher les petites tortues de manger ;
  • des morsures aux pattes ou à la tête et des coups de carapace répétés ;
  • des blessures à l'arrière du corps chez une femelle ;
  • une tortue qui se tient à l'écart des repas, alors que l'OSAV décrit une tortue en bonne santé comme intéressée par la nourriture.

Si vous voyez de l'agressivité, l'OSAV demande de séparer les tortues, pour un temps ou pour toujours. Gardez donc toujours la possibilité d'un second enclos.

Pour une tortue qui ne mange plus, voyez notre guide ma tortue ne mange plus.

Le nombre de tortues change-t-il les démarches ?

Oui. En France, l'arrêté du 8 octobre 2018 fixe les règles. Pour les tortues terrestres du genre Testudo, dont l'Hermann et la grecque :

  • de 1 à 6 tortues adultes, il faut une déclaration de détention ;
  • à partir de 7, il faut un certificat de capacité et une autorisation d'ouverture.

Les seuils de l'arrêté portent sur les animaux adultes. La déclaration se fait avant l'acquisition des animaux, et elle indique le nombre de tortues que vous prévoyez de détenir. Les règles sont résumées dans notre guide de la tortue d'Hermann. Elles peuvent évoluer : vérifiez-les auprès de la direction départementale de la protection des populations (DDPP) de votre département.

Une tortue trouvée dans la nature n'est pas une compagne pour la vôtre : laissez-la où elle est. Et ne relâchez jamais une tortue captive.

Quand consulter un vétérinaire ?

Consultez un vétérinaire habitué aux reptiles :

  • avant de faire entrer une nouvelle tortue, puis pendant sa quarantaine ;
  • si une tortue présente des blessures, surtout à l'arrière du corps ou aux pattes ;
  • si une tortue a le nez qui coule, les yeux gonflés ou du mucus à la bouche. La Tortoise Trust demande d'isoler complètement une tortue atteinte de maladie respiratoire. Notre guide sur les yeux gonflés chez la tortue détaille ces signes ;
  • si une tortue mange moins ou maigrit.

Ce guide donne des repères généraux. Il ne remplace pas l'avis d'un vétérinaire.

L'équipement pour plusieurs tortues

Questions fréquentes

Ma tortue s'ennuie-t-elle toute seule ?

Rien dans nos sources ne l'indique. L'OSAV, l'autorité vétérinaire suisse, décrit les tortues terrestres européennes comme peu sociables et juge tout à fait possible de les garder seules. La RSPCA les dit solitaires et territoriales dans la nature.

Peut-on mettre une tortue d'Hermann avec une tortue grecque ?

Non. L'UICN signale que des herpèsvirus apportés par des tortues grecques peuvent tuer de nombreuses tortues d'Hermann en captivité, et que les deux espèces ont donné des hybrides en élevage. La Tortoise Trust et le manuel Merck demandent de ne pas mélanger les espèces.

Combien de temps dure la quarantaine d'une nouvelle tortue ?

Les sources divergent. Le manuel Merck recommande 3 à 6 mois pour un nouveau reptile. Un article publié par la Tortoise Trust donne 6 mois au minimum, et un autre 18 mois au moins pour une tortue de la même espèce. Votre vétérinaire vous aidera à choisir.

Combien de femelles pour un mâle ?

Parmi nos sources, seul l'OSAV donne une règle : toujours plus de femelles que de mâles, et jamais un couple seul ni deux mâles avec une seule femelle. Les autres sources ne chiffrent pas de proportion.

Avoir une tortue de plus change-t-il les démarches ?

Oui, cela peut. Pour les tortues terrestres du genre Testudo, l'arrêté du 8 octobre 2018 prévoit une déclaration de 1 à 6 tortues adultes, puis un certificat de capacité et une autorisation d'ouverture à partir de 7. Renseignez-vous auprès de la DDPP avant toute acquisition.

À lire aussi

Sources

  1. RSPCA, fiche sur les tortues grecque, d'Hermann, bordée et de Horsfield (PDF)
  2. OSAV (Office fédéral suisse de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires), Tortues terrestres européennes
  3. Merck Veterinary Manual, Management and Husbandry of Reptiles
  4. Merck Veterinary Manual, Viral Diseases of Reptiles
  5. Merck Veterinary Manual, Bacterial Diseases of Reptiles
  6. UICN, Conservation Biology of Freshwater Turtles and Tortoises : Testudo hermanni, Hermann's Tortoise (Bertolero et al., 2011, PDF)
  7. Tortoise Trust, Why it is important not to mix species (N. Stapleton)
  8. Tortoise Trust, An outline on treating RNS or respiratory diseases in chelonia (A. C. Highfield)
  9. Tortoise Trust, Common diseases of tortoises (M. Corton)
  10. Tortoise Trust, Herpes virus infection associated with lymphoma in Testudo hermanni (S. McArthur)
  11. VCA Animal Hospitals, Common Diseases of Tortoises
  12. AIDA (Ineris), arrêté du 8 octobre 2018 fixant les règles générales de détention d'animaux d'espèces non domestiques